Michel : Soldat de la Marine
Michel Jubinville est devenu soldat au lieu de poursuivre la carrière de son père imprimeur à Paris. Bien que les raisons de ce choix demeurent inconnues, elles s'inscrivent dans le contexte militaire intense du XVIIe siècle.
Contrairement au célèbre régiment de Carignan-Salière (1665), Michel appartenait aux Troupes de la Marine, envoyées par Louis XIV pour protéger la colonie après 1667.
De Paris à Ville-Marie : les premières traces
L'absence de registres de départs et d'arrivées pour ces soldats de la Marine rend la date précise de sa venue incertaine. Voici les points de repère dont nous disposons :
- Le silence des archives : Selon l'historienne Louise Deschêne, il n'existe pas de registres systématiques pour les départs et arrivées de ces soldats. Son nom n'apparaît dans aucun contrat de service (comme la traite des fourrures) avant son mariage.
- L'acte officiel : Sa première mention spécifique est son acte de mariage célébré en la paroisse de Notre-Dame (Ville-Marie) le 7 juin 1706 par le prêtre sulpicien François Vachon de Belmont. Le mariage a été précédé d'un contrat signé le même jour devant Michel LePailleur de LaFerté, notaire royal, mais je n'ai pu retracer copie de cet acte.
- L'énigme de l'âge : Michel déclare avoir 35 ans à son mariage (né vers 1671). S'il s'était marié immédiatement après son congé d'un service militaire de 8 ans, il aurait mis les pieds en Nouvelle-France vers 1698 à l'âge tardif de 27 ans.
- L'hypothèse du Capitaine : Nous savons par contre que le capitaine de sa compagnie est arrivé en Nouvelle-France en 1689. Selon Drouin, il est fort probable que Michel soit arrivé avec lui; il aurait alors été âgé de 18 ans, ce qui correspond mieux aux critères de recrutement de l'époque. Dans cette hypothèse, il aurait peut-être connu un très long service militaire en Nouvelle-France.
- Conclusion ouverte : En attendant la découverte de nouvelles références à notre ancêtre, la date de son arrivée demeure un mystère où plusieurs scénarios sont plausibles.
Les déplacements de la compagnie Duplessis-Faber
- 1687 : Arrivée au Canada. La compagnie débarque et prend immédiatement ses quartiers sur la frontière du Richelieu.
- 1687 – 1689 : Fort Chambly (Québec). La compagnie assure la défense du fort et le contrôle de la rivière Richelieu contre les incursions iroquoises.
- 1689 : Champlain (Québec). Après une altercation à l'épée avec un autre officier (Des Bergères), Duplessis Faber père cède le commandement de Chambly et se retire temporairement à Champlain où il se marie.
- 1690 – 1700 : Garnison de Montréal. La compagnie participe aux opérations de défense de la région de Montréal et mène des escortes de convois de fourrures durant la guerre franco-iroquoise.
- 1700 – 1712 : Montréal. Le capitaine Duplessis Faber devient adjudant (aide-major) à Montréal, y stabilisant définitivement sa compagnie jusqu'à sa mort en 1712.
L'ombre du Capitaine Duplessis-Faber
Le capitaine de Michel, cité à son mariage, était un personnage haut en couleur. Établi au fort St-Louis de Chambly en 1689, les archives de l'époque ne sont pas tendres à son égard : un rapport de 1692 note qu'il est "attaché au vin, n'est pas bon pour le pays".
L'histoire retient surtout son duel contre le capitaine Raymond Blaise des Bergères de Rigauville en juillet 1689 :
— Dictionnaire biographique du Canada
Par ailleurs, plusieurs compagnons d'armes accompagnent Michel comme témoins à son mariage: "Jean Quevillon dit Ladéroute soldat de la dite Compagnie de Duplessis, de Pierre Roche dit Lafleur soldat de la dite Compagnie, de Jean Jean dit St-Jean soldat de la dite Compagnie". Cela me donne à penser que Michel avait fraichement quitté les rangs avec une petite somme pour se marier et devenir habitant.
Établissement et fin de vie
Après son service, Michel s'établit sur une terre au centre de l'île de Montréal, dans la région de la Côte St-Michel. Il épousa Marguerite Barbeau, qui lui donna sept enfants.
Il est décédé le 15 décembre 1718 à l'âge d'environ 47 ans. Son acte de sépulture mentionne :
Ce cimetière, situé près de la Pointe-à-Callière, a depuis longtemps été recouvert par le développement de la ville de Montréal.
Une piste à l'Hôtel-Dieu de Québec
Une mention intrigante figure dans l'ouvrage Registre journalier des malades de l’Hôtel-Dieu de Québec, répertorié par Marcel Fournier et Gisèle Monarque. On y trouve la trace d'un hospitalisé identifié comme étant Jubinville dit St-Michel, originaire de Paris.
Fait particulier : le registre lui attribue l'âge de 19 ans. S'il s'agit bien de notre ancêtre, cet âge semble improbable au vu des autres repères chronologiques de sa vie, ouvrant la porte à l'hypothèse d'une simple erreur de retranscription ou d'une erreur d'enregistrement par le scribe de l'époque.
Erreur de plume, coïncidence ou nouvelle pièce du puzzle; aurait-il eu un autre Jubinville en Nouvelle-France? Impossible de le dire avec certitude.